Les gardes se rebiffent
- Aldo Campinos
- 11 janv. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 févr. 2021

Nos sympathiques visiteurs du jour sont deux gardes en civil de la Réserve Nationale du Maasai : le responsable de « Musiara Gate» de l´époque et un subalterne qui a arrêté plus tôt dans la matinée William le chauffeur guide Maasai du campement pour être sorti de la piste, ce que font tous les véhicules pour s´approcher des animaux, mais est effectivement interdit - en théorie. William a refusé de payer l´amende et qui plus est, les a pris de haut. Alors ils sont énervés, très énervés. Et scandalisés. Enfin bon, pas là au moment de la photo mais une heure avant environ.
Les rôles sont distribués : le grand chef bien en chair survole les débats sur des questions de principes, de respect de la vie animale, d´indignation devant la mauvaise éducation de William qu´il ne peut tolérer un jour de plus dans sa juridiction et dont il exige la mise à pied immédiate et son subalterne au regard fuyant, désagréable à souhait et menaçant à l´occasion, ignorant tout des bonnes manières qui régissent habituellement la courtoisie des échanges au Kenya.
Nous faisons bien sûr office de la plus grande hospitalité envers ces hôtes de marque qui nous font le privilège de nous rendre visite. Waweru, ambassadeur de bonne humeur et de bonne volonté du campement, redouble d´attentions. Les bières remplacent rapidement les tasses de thé qui inicièrent les débats. Je condamne sans appel la faute de mon chauffeur qui se verra sevèrement réprimandé. Mais comprenez bien qu´il s´agit de mon seul et unique chauffeur, je ne peux m´en séparer car cela équivaudrait à fermer le campement. Silence. Avez-vous d´ailleurs vu les nouvelles tentes que nous venons d´installer? Nous vous faisons visiter ? Voulez-vous quelques Mandazi pour accompagner vos boissons ?
Le subalterne ne tient pas en place sur son siège. Il a souffert l´affront et exige réparation. Le soupçon de racisme du Kikuyu envers les Maasais plane tellement sur les débats qu´il y attérit sans complexe. Les Maasais ne sont que de fénéants pasteurs, au mieux que des agents de sécurité. (La quasi totalité des employés de Kandili Camp sont maasais ce qui est plutôt inhabituel car les postes à responsabilité dans le Maasai comme ailleurs au Kenya sont en général pourvus par les autres ethnies). Il enrage d´avoir été remis en place par un Maasai. Après avoir éructé son argumentaire sans grande nouveauté ni créativité, il me prend en aparté, énérvé par ce muzungu qui ne capte vraiment rien et met les zéros qui conviennent afin que cette demande soit parfaitement claire, ou plutôt indiscutablement quantifée. Mais comme le chef réclame le protagonisme siègant à sa condition, il fait l´erreur de parler avant que je puisse répondre et mes yeux plongent aussitôt dans les siens pour ne plus les quitter jusqu´à la fin de nos échanges.
Suivent 20 minutes de palabres ou les arguments bouclent. Mon collège et subalterne a été victime d´un crime de lèse majesté. Je vous comprends. Nos relations avec les gardes de la Réserve sont essentielles. Nous n´autoriseront pas William à remettre les pieds dans la Réserve. William sera dégradé et mis à pied si cela devait se reproduire, mais je n´ai pas à ce jour d´alternative. La discussion s´embourbe et je ne sais pas comment sortir de la boucle.
Je me découvre pour me masser les tempes et alors qu´ils fixent avec attention la casquette que je viens d´enlever, la lumière s´allume sous ma tignasse libérée. Vous avez vu nos nouvelles casquettes ? Elles sont chouettes, non ? En plus il y a plein de couleurs disponibles. Waweru, rompu à la diplomatie des ressources humaines africaines court déjà chercher quelques exemplaires. Quelle couleur préférez-vous ? Kaki, sable ? En voilà deux autres pour offrir à vos collègues. Vous reviendrez nous voir, c´est promis ? Et si on faisant une photo en souvenir de votre première visite?
Et le chef qui s´exécute de bonne grâce et fait de son mieux pour convaincre son subalterne coiffé par Kandili Camp de sourire sur la photo. Hakuna Matata. La vie continue. Et cette photo sera suivie de nombreuses autres car l´empathie et la bonne humeur s´unissent souvent dans la savane pour faire taire les rancoeurs et parfois même les rivalités.

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